TERRE - novembre 2022

Agrofün, graine d’avenir

 

Ingénieur agronome de formation, Frédéric Poujaud commence sa vie professionnelle en Amérique latine. Dans ses valises, il ramène une minuscule graine aux incroyables qualités nutritionnelles : la graine de chia. Convaincu de son potentiel, inspiré par les travaux de l’agriculteur chilien Carlos Crovetto*, il parvient à sélectionner (naturellement) une variété cultivable sous notre climat et crée Agrofün pour développer la culture de ce superaliment.

 

À la fin des années quatre-vingt-dix, Frédéric Poujaud investit dans une entreprise de semences grâce à laquelle il entend valoriser en Europe le patrimoine végétal de la cordillère des Andes (maïs, pomme de terre, haricot, quinoa…) et ses qualités, aussi bien gustatives que nutritionnelles : Panam Semences est née et installe son siège en Occitanie, terre d’agriculture. Sa rencontre avec l’agriculteur Carlos Crovetto le persuade que l’avenir de ce secteur passe par la diversification des cultures, le respect et la valorisation du travail des agriculteurs. « Dans les années 2000, les botanistes ont redécouvert la graine de chia et ses vertus en Amérique du Sud », se souvient l’ingénieur agronome qui décide, lui aussi, de s’intéresser à cette plante et de lui consacrer une activité dédiée, portée par la société Agrofün.

 

Mini graine pour bénéfices maximaux

« Cette plante a un intérêt nutritionnel majeur : elle peut couvrir 65% de nos besoins en Oméga 3, sans allergène et sans avoir besoin de subir de transformation. C’est une chance pour l’alimentation collective », affirme Frédéric Poujaud. Ses bénéfices pour la santé sont reconnus à tous les âges, dans des domaines comme la prévention et la lutte contre les maladies cardiovasculaires et neurologiques. « La consommation recommandée est de 10 g par jour, soit 2 cuillères à café », précise-t-il. Des propriétés qui ont notamment amené l’ingénieur à travailler avec le CNRS et l’INRA pour créer une fondation dédiée et une filière, soutenue par l’État, pour valoriser cette graine aux superpouvoirs.

 

Jusqu’en 2017, la graine de chia était exclusivement importée. Désormais, nous savons cultiver une variété 100% locale et bio, triée et conditionnée à Villemur sur Tarn. C’est une culture adaptée aux enjeux environnementaux : peu gourmande en eau, nécessitant peu d’engrais et aucun insecticide et favorisant la pollinisation.

Frédéric Poujaud, fondateur d’Agrofün

 

Une culture locale émergente

« Jusqu’en 2017, la graine de chia était exclusivement importée. Désormais, nous savons cultiver une variété 100% locale et bio**, triée et conditionnée à Villemur sur Tarn. C’est une culture adaptée aux enjeux environnementaux : elle est peu gourmande en eau, nécessite peu d’engrais, aucun insecticide et elle fleurit en été, favorisant la pollinisation », explique l’ingénieur agronome. Progressivement, la plante aux fleurs bleues ou blanches séduit des coopératives et agriculteurs dans toute la France une centaine aujourd’hui. « La filière fournit gratuitement les semences, pour limiter le risque financier de nos partenaires », précise-t-il avant d’ajouter : « Nous sommes attachés à la juste rémunération de tous les acteurs de la filière, à commencer par les producteurs. Au final, le prix doit être accessible pour le consommateur : le chia français coûte en moyenne 3 fois plus cher que l’étranger. Les enseignes spécialisées bio jouent le jeu, c’est un équilibre à trouver », reconnaît le chef d’entreprise. Et ce d’autant plus que, comme d’autres cultures, le chia a subi cette année les conditions extrêmes de sécheresse et devrait voir sa production divisée par deux… Pour autant, Frédéric Poujaud demeure optimiste et croit en l’avenir de la petite graine : « Cela prendra du temps, mais notre ambition, c’est de permettre aux Français d’être autosuffisants en chia ! »

 

* Carlos Crovetto est l’un des pionniers du semis direct, très engagé dans la promotion d’une agriculture durable au niveau international
**la variété Oruro

 
> www.agrofun.fr