AIR - juillet 2023

Le premier centre de contrôle aérien à distance se pose à Toulouse

 

On a coutume de dire, un peu partout dans le monde, que notre territoire a « un ciel d’avance ». Cela renvoie à la manière dont, de Clément Ader aux futurs avions à l’hydrogène en passant par le Concorde, l’histoire de notre écosystème aéronautique est une succession de premières, d’innovations, de technologies de rupture… Mais on peut aussi avoir un ciel d’avance via les carburants aviation durable, l’optimisation des plans de vols ou… le contrôle aérien. C’est précisément le sujet du Remote Tower Center (RMT).

 
Nom de code : Remote Tower Center (RMT) ou Digital Advanced Tower (DAT). Comprendre Centre de contrôle aérien à distance. Ce concept, déjà expérimenté en Suède, en Allemagne, au Royaume-Uni ou dans certaines îles, va être testé pour la première fois en France à partir de 2024. Et c’est Toulouse qui a été choisie pour l’accueillir, avec le centre de la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC) situé sur l’aéroport Toulouse-Blagnac. À la suite du départ des militaires de l’aéroport de Tours-Val-de-Loire, le contrôle aérien devrait être assuré à 500 km de là, depuis Toulouse grâce à des caméras installées dans la préfecture d’Indre-et-Loire. Une phase de tests doit débuter en 2024. « En 2020, il y a eu le transfert de l’école de chasse Alpha Jet à Cognac, puis le départ des contrôleurs aériens militaires en 2021. La gestion a été confiée au syndicat mixte de l’aéroport Tours Val de Loire », rappelle son directeur Cyril Godeaux. C’est à la suite de ces départs que la DGAC, en discussion avec l’État et les collectivités, a décidé de tester une tour de contrôle digitale déportée. Une bonne nouvelle pour l’aéroport tourangeau. « Le trafic est modeste, avec 24 vols par semaine en été et environ 200 000 passagers à l’année. Mais c’est très important pour le tourisme de la région, notamment pour l’activité liée aux châteaux de la Loire », poursuit le directeur du syndicat mixte, qui est actuellement en soutien logistique dans une phase d’installation technique.

 

Dans un premier temps, il y aura toujours des contrôleurs aériens à Tours, mais Toulouse recevra les images. À terme, les quatre contrôleurs situés à Toulouse assureront le même travail que s’ils étaient sur place.

Cyril Godeaux, directeur du syndicat mixte de l’aéroport Tours Val de Loire

 

Un outil d’aménagement du territoire ?

Ce travail, main dans la main avec la Direction des services de la navigation aérienne (DSNA), rattachée à la DGAC, doit permettre de lancer une phase de tests d’un an en 2024. Concrètement, un mât sera équipé de 18 caméras retransmettant en direct les images de l’aéroport de Tours. Des caméras qui seront les yeux des opérateurs présents à Toulouse. « Dans un premier temps, il y aura toujours des contrôleurs aériens à Tours, mais Toulouse recevra les images. À terme, les quatre contrôleurs seront basés à Toulouse et assureront le même travail que s’ils étaient sur place », développe Cyril Godeaux, qui précise que pour sécuriser le système, le principe de redondance, avec un doublement du matériel, sera appliqué. C’est la société Frequentis qui est en charge du système de ce Remote Tower Center. Une fois celui-ci validé, les contrôleurs de Tours iront à Toulouse, assurant un service identique en toute sécurité, profitant notamment de leur connaissance du terrain. À l’heure où les contraintes budgétaires et les impératifs de rentabilité peuvent menacer la survie d’un certain nombre d’infrastructures aéroportuaires à faible trafic, la solution constitue une réponse à considérer avec pragmatisme. Avec un trafic aérien très faible, ces pistes ne nécessitent en effet pas un suivi permanent et une mutualisation des contrôleurs en un seul lieu permet de baisser efficacement les coûts de fonctionnement de ces petits aéroports.

 

PLUS D'ARTICLES « AIR »