INTERVIEW - juillet 2023

Nicolas Hazard, fondateur et Président d’INCO

 

Nicolas Hazard est fondateur et Président d’INCO, fonds d’investissement socialement responsable créé en 2010. Conseiller spécial de la Commission européenne pour l’économie sociale et solidaire depuis 2020, il est convaincu que l’avenir s’écrira dans les territoires et vient d’inaugurer « La Résidence », l’incubateur des start-ups de la ruralité, à Saint-Bertrand-de-Comminges.

 

Pouvez-vous présenter en quelques mots votre groupe, le concept, la genèse, les grandes dates ?

Nicolas Hazard  : Fondé en 2010, INCO est un groupe présent dans 140 pays qui œuvre pour une nouvelle économie plus inclusive et plus durable : un leader mondial de l’économie sociale et environnementale. Concrètement, nous accompagnons à la fois les entreprises dans leur développement, à travers des fonds d’investissement, mais aussi dans leur phase de décollage, via des incubateurs. Nous avons à cœur de démontrer qu’il est possible d’allier rentabilité économique et impact social et environnemental important. Ainsi, ce sont plus de 700 entrepreneurs que nous accompagnons chaque année dans des domaines aussi variés que l’écologie, l’accès au logement, la santé, l’accès à l’emploi… Nous gérons ou conseillons en parallèle plus de 600 millions d’euros d’investissements. Mais ce n’est pas tout. L’économie de demain, ce n’est pas que des entrepreneurs mais aussi des salariés ! Or, inventer ce nouveau paradigme nécessite de former aux métiers de demain le plus grand nombre, en particulier les personnes éloignées de l’emploi. Ce sont près de 200 000 personnes que nous avons formées l’année dernière sur tous les continents. Enfin, pour que phosphore l’innovation, nous avons récemment développé une activité de tiers lieux, des espaces hybrides répondant aux besoins d’espaces de travail et de mise en réseaux d’acteurs économiques locaux. Et c’est en Haute-Garonne, et plus précisément à Saint-Bertrand-de-Comminges, que nous avons développé notre premier pilote mondial.

 

L’Occitanie est un territoire composé à 60 % de zones de hautes et moyennes montagnes où 4 087 communes composent les espaces ruraux (soit 92% des communes de la région) ET, en même temps, un territoire d’innovation. Est-ce cela qui vous a conduit à « INCOccitaniser » votre projet avec l’accélérateur Incoplex et « La Résidence » ?

NH : L’Occitanie est un véritable territoire d’innovation, reconnu dans le monde entier. C’est pour cette raison que nous avons décidé il y a quelques années d’installer notre siège français sur ce territoire. INCO a implanté ses racines et puise son inspiration en Haute-Garonne. Nous en sommes très fiers. Ce que nous sommes en train d’expérimenter ici est à la fois passionnant et très innovant. Notre but est d’exporter partout sur la planète ce que nous avons testé ici : les enseignements que nous en avons tirés et le formidable potentiel que cela représente. À Saint-Bertrand-de-Comminges, nous souhaitons créer une vitrine avec l’ensemble des acteurs du territoire pour accélérer une vraie dynamique régionale, qui démontre que l’innovation n’est pas seulement l’apanage des grandes métropoles, mais que les territoires ruraux ont une place de choix dans la construction d’un monde meilleur. Notre tiers lieu est ouvert à toutes et tous et se tourne résolument vers les générations futures. En tant qu’investisseur, INCO a déjà investi près de 30 millions d’euros en Occitanie et nous ne souhaitons pas nous arrêter là. Notre incubateur, situé dans le vieux Toulouse, est là aussi pour aider tous ces néo-entrepreneurs qui inventent les solutions pour répondre au défi écologique et social auquel nous sommes confrontés. Contrairement à ce que certains pensent, il n’y a pas que l’aéronautique à Toulouse ! Il est surprenant de voir la très forte vitalité et la créativité présentes dans tous les domaines.

 

La Résidence de Saint-Bertrand-de-Comminges est le premier tiers lieu en zone rurale dédié aux solutions innovantes, en réponse aux défis des territoires ruraux et de ceux qui y vivent. D’autres projets sont déjà en cours de discussion dans la région, notamment dans des lieux pyrénéens emblématiques.

Nicolas Hazard, fondateur et Président d’INCO

 

Pouvez-vous présenter votre incubateur des start-ups de la ruralité, inauguré le 26 juin, et revenir sur la vision que vous portez des territoires, avenir de l’économie de demain ?

NH : La Résidence de Saint-Bertrand-de-Comminges est le premier tiers lieu en zone rurale dédié aux solutions innovantes en réponse aux défis des territoires ruraux et de ceux qui y vivent. Une sorte de Villa Medicis de la ruralité. L’idée est née d’ateliers avec les habitants du village, afin de créer un lieu pour faire éclore des solutions aux grands besoins du territoire. Que ce soit en termes d’alimentation, de redynamisation de l’économie locale, de mobilités ou de production d’énergies renouvelables. Une promotion pilote avait déjà été lancée pour définir l’ADN du projet et les services que La Résidence pouvait assurer. Fort de son succès et de l’engouement que cela a généré, la Résidence proposera à la fois d’accompagner des entrepreneurs de la ruralité (à travers des dispositifs d’hébergement, de partage d’espace de travail, de mentoring et de mise en réseau), mais aussi de former les jeunes du Comminges aux métiers de demain, et offrira des services de proximité aux habitants du village et des alentours. Car cette magnifique aventure collective a été conçue à la fois par et pour les habitants du massif pyrénéen.

 

L’Occitanie est la 2e plus grande région de France : pourrait-il y avoir un essaimage de « Résidences » dans l’Aveyron, le Gers, le Lot, la Lozère et l’Ariège, qui comptent parmi les départements les moins peuplés de France et où l’invention d’un nouveau modèle de développement économique prendrait tout son sens et tout son intérêt ?

NH : Absolument ! Chez INCO, nous sommes convaincus qu’en matière d’énergie, de santé, de mobilité, de lutte contre les inégalités, de relocalisation, d’éducation, d’agriculture, c’est à l’échelle locale que les alternatives s’élaborent. Que les individus, les entreprises et les institutions peuvent transformer le monde pour le rendre plus juste et plus respectueux de l’environnement. Il est impératif aujourd’hui d’agir local pour avoir un impact global. Et la crise économique, écologique et sanitaire est une opportunité exceptionnelle pour réinventer nos territoires, les placer au cœur de cette nouvelle économie qu’il est urgent de développer. Nous irons partout où nous pouvons être utiles pour relancer des dynamiques territoriales. D’autres projets sont déjà en cours de discussion dans la région, notamment dans des lieux pyrénéens emblématiques. Nous souhaitons faire la preuve que notre modèle peut fonctionner partout, car je suis convaincu qu’il n’y a pas de fatalité économique. En mettant les acteurs privés, publics et la société civile autour de la table, on peut recréer de l’activité et endiguer les criantes inégalités territoriales.